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La danseuse franco-sénégalaise Germaine Acogny à 76ans décroche le Lion d’or à Venise

Germaine Acogny-MyAfricanfos

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La fondatrice de l’École des sables au Sénégal, Germaine Acogny s’est vue décerner mardi 16 février le “Lion d’or de la danse 2021” par la Biennale de Venise. Une récompense pour le formidable parcours de la danseuse et chorégraphe franco-sénégalaise considérée comme “la mère de la danse contemporaine africaine”.

Germaine Acogny est née au Bénin en 1944. Elle a dirigé pendant cinq ans (1977-1982) l’école de danse “Mudra Afrique” qui a été fondée dans les années 70′ à Dakar par Maurice Béjart et le président Léopold Sédar Senghor. « Ma plus grande influence vient des danses patrimoniales et traditionnelles de mon pays. C’est ce qui m’a guidé et c’est mon influence. C’est mes racines et c’est ce qui est à ma base. Parce que si vous ne savez pas d’où vous venez, vous n’irez pas loin », déclare la danseuse septuagénaire.

Germaine Acogny-Helmut Vogt-MyAfricanfos

Avec son mari Helmut Vogt, elle a créé l’École des Sables en 1998, un centre international de danses africaines traditionnelles et contemporaines inauguré en juin 2004 à Toubab Dialaw un petit village au sud de Dakar (Sénégal). Ce centre, qui emploie aujourd’hui une dizaine de personnes, a formé des centaines d’artistes, parfois gratuitement.

“Les sablistes”, comme on nomme les anciens élèves de Germaine Acogny, ont monté à eux seuls plus d’une dizaine d’événements : Un pas en avant, en Côte d’Ivoire, Aida, au Bénin, Souar Souar, au Tchad, Mitsaka, à Madagascar, Time 2 Dance, en Tanzanie…

Germaine Acogny a aussi créé de nombreux spectacles pour sa compagnie “JANT-BI”, avec lesquels elle a fait des tournées dans le monde entier.

Petite-fille d’une prêtresse vaudou et amie de Maurice Béjart, Germaine Acogny aime dire et redire à ses jeunes élèves : « Aujourd’hui, on va danser comme un arbre… »

A 76 ans, Germaine Acogny n’a rien perdu de sa fougue. Elle continue à enflammer les scènes (elle a par exemple interprété son dernier spectacle À un endroit du début, en live, début décembre, pour le Théâtre de la Ville) et à diriger d’une main de fer certaines formations proposées par l’École des sables.

Germaine Acogny-MyAfricanfos

« Je crois dans la capacité de la danse à changer la vie des gens et je me suis toujours engagée à partager ma passion comme acte de transformation et de régénération », soutient la chorégraphe septuagénaire.

Une belle et méritée reconnaissance, “le Lion d’or de la danse 2021” lui a été décerné par la Biennale de Venise. Une telle récompense est réservée uniquement aux danseuses les plus influentes, comme avant elle Carolyn Carlson, Pina Bausch ou Maguy Marin.

Par ailleurs, elle avait déjà reçu de nombreuses distinctions, notamment celle de“Chevalier des Arts et des Lettres…”  et Jeune Afrique l’a plusieurs fois classée parmi les personnalités les plus influentes du continent.

 « Cette grande danseuse et chorégraphe franco-sénégalaise est connue dans le monde entier comme la mère de la danse contemporaine africaine », a tenu à souligner le jury de la grande manifestation artistique vénitienne.

Germaine Acogny-MyAfricanfos

Dans un communiqué, l’institution italienne précise que « Sa contribution à la formation en danse et en chorégraphie des jeunes d’Afrique occidentale et la large diffusion de son travail dans son pays d’origine et dans le monde ont fait d’elle l’une des voix indépendantes qui ont le plus influé sur l’art de la danse. »

Tout au long de sa carrière, cette passionnée a multiplié les collaborations. Une de ses dernières rencontres l’a menée en 2015 vers le chorégraphe français, Olivier Dubois.

 « Nous avons dîné ensemble un jour et j’ai dit : “Germaine, tu as 70 ans, aimerais-tu être ma jeune fille noire élue ? Et elle m’a dit : “je ne laisserai jamais passer cette chance, je la saisi. Je te dis un grand oui ! Nous avons eu les larmes aux yeux. Et j’ai dit “OK, allons-y”. C’est comme ça que l’aventure a commencé », a raconté le directeur du Ballet du Nord.

De cette collaboration avec Olivier Dubois est née le deuxième chapitre de la collection de Sacre(s) du printemps intitulé “Mon élue noire” ; une pièce supplémentaire venant s’ajouter à une carrière hors-norme.

 « Je ne sais pas ce qui va rester ou si je vais être oublié. Je serai passée comme un éclair. Mais j’aurai laissé ma technique et une école. Les gens se souviendront de moi à travers tous les sablistes à qui j’ai donné la chance de gagner leur vie grâce à leur art. » a-t-elle affirmé.

Germaine Acogny-MyAfricanfos

Électron libre, forte tête, l’aînée des chorégraphes africains s’est montrée capable de s’emparer, avec sa compagnie JANT-BI, de tous les sujets : sexualité, religion, colonisation… Faisant portant loin, sur tous les plateaux du monde, la voix de l’Afrique. Et paradoxalement, elle n’a jamais non plus cessé d’être dépendante financièrement d’institutions non-africaines.

En 2020, le couple Acogny/Vogt a transmis la direction de l’école artistique, et le rôle de “gardien” de l’école à deux anciens élèves, Alesandra Seutin et Wesley Ruzibiza, aux côtés d’un fidèle de l’institution, Paul Sagne.

L’école, en grave difficulté financière en 2018, a longtemps été sous perfusion de mécènes étrangers, notamment la Fondation hollandaise DOEN qui a pendant neuf ans payé la moitié de ses frais de fonctionnement (180 000 euros par an au total chaque année). L’État sénégalais, lui, n’a jamais garanti d’aide en rapport avec le fabuleux rayonnement que lui confère l’institution.

« Exister hors du circuit hexagonal, européen, c’est notre guerre… Mais encore aujourd’hui, même moi, qui suis une danseuse reconnue au niveau international, et depuis longtemps, je ne pourrais pas tourner sans l’Institut français. Le problème n’est pas que des institutions occidentales nous permettent de vivre, mais que nos gouvernements ne nous prennent toujours pas au sérieux. Ils n’ont pas compris que la culture générait de la richesse. » avait-elle déclaré.

Lors de cette édition, le Lion d’argent a été attribué à la danseuse et chorégraphe nord-irlandaise Oona Doherty, 34 ans, « voix puissante de la scène européenne (…) qui affronte les thèmes de l’identité, du genre et de la religion, généralement tenus à distance des projecteurs de la danse ».

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À l’occasion du 15e festival international de danse de la Biennale de Venise, qui se tiendra du 23 juillet au 1er août, Germaine Acogny présentera son spectacle Somewhere at the beginning, tandis que Oona Doherty sera présente avec Hard to Be Soft – A Belfast Prayer.

« Le mouvement artistique dans lequel j’inscris mon propre travail, bien qu’enraciné dans nos traditions populaires, n’est pas un retour à nos racines. Au contraire, c’est une voie très différente, résolument urbaine et moderne (…) », a souligné Germaine Acogny, danseuse-chorégraphe.

“à un endroit du début” par GERMAINE ACOGNY

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Edith DAK

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