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« Genre et autonomisation des femmes » : La Banque Africaine de Développement en fait une priorité au Sahel et dans le bassin du Lac Tchad

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Les inégalités de genre au Sahel et dans le Bassin du Lac Tchad s’aggravent en raison des défis liés au changement climatique et à l’insécurité qui poussent les femmes et les communautés dans un cycle de vulnérabilité. Pour lutter contre ces disparités, la Banque africaine de développement (BAD) s’engage pour l’autonomisation des femmes notamment pour la réduction de la pauvreté et la résilience de ces populations.

La Banque africaine de développement reconnait que l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes sont un facteur clé pour la stabilité et le développement durable. Leur rôle essentiel s’est renforcé en raison de la crise sanitaire, avec un accroissement de la charge de travail non rémunéré et un accès réduit aux sources de revenus en raison des restrictions. Pour ces raisons, il est essentiel que les femmes continuent d’accéder davantage aux ressources économiques et productives, malgré le contexte de grande fragilité dans le sahel et dans le Bassin du Lac Tchad. Par conséquent, la BAD s’est dotée le 3 février 2021 d’une stratégie du genre pour la période 2021-2025 qui ambitionne de transformer les secteurs clés du développement en terrains d’opportunités pour les femmes et les jeunes filles.

Elle s’emploie donc à mettre en œuvre des initiatives qui visent à promouvoir l’égalité des genres et accélérer la résilience économique des femmes sur ces deux territoires marqués par des crises multiformes.

Trois projets emblématiques d’une forte prise en compte de la dimension genre ont donc été élaborés. C’est le cas notamment du Programme de renforcement de la résilience à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle au Sahel (P2RS), qui cible les femmes au Burkina Faso, en Gambie, au Mali, en Mauritanie, au Niger, Sénégal et Tchad ainsi qu’au sein des pays du Comité inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS).

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Dans sa première phase, financée pour près de 250 millions de dollars américains, le P2RS a pour double objectif de ramener à 11% la prévalence de la malnutrition aiguë au Sahel et de faire passer la malnutrition chronique et l’insuffisance pondérale de 27 à 20%. Le programme ambitionne, au total, d’améliorer les conditions de vie de trois millions de personnes, dont 51% de femmes, notamment en renforçant les systèmes de solidarité et les dispositifs de protection sociale.

Par ailleurs, avec le Programme de réhabilitation et de renforcement de la résilience des systèmes socio-écologiques du Bassin du Lac Tchad (PRESIBALT), la Banque s’intéresse notamment au statut des femmes grâce à la redynamisation et à la structuration des groupements économiques féminins. Le renforcement des capacités de résilience et d’adaptation des femmes au changement climatique est également au cœur des interventions du PRESIBALT.

Deux autres projets viendront renforcer la stratégie de la Banque en faveur des femmes au Sahel et dans le Bassin du Lac Tchad. Ainsi, l’institution va financer pour près de 2,4 millions de dollars américains un projet de renforcement des capacités de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) mais surtout d’autonomisation des femmes et des jeunes au Niger et au Tchad.

Quant au projet multinational d’autonomisation économique des femmes et des jeunes vulnérables dans la région du Sahel, la Banque va renforcer également son action en faveur des Maliennes, des Nigériennes et des Tchadiennes.

D’un montant de près de 1,4 million de dollars, ce projet contribuera à réduire les conséquences humanitaires et de la précarité issues des crises, des conflits et des aléas climatiques en favorisant la résilience économique des communautés isolées et en comblant le fossé entre aide humanitaire et développement.

Notons qu’au sahel, dans le Bassin du Lac Tchad, dans la Corne de l’Afrique, les femmes sont surexposées aux questions de vulnérabilité. Certaines ont perdu leur conjoint dans des conflits ; d’autres sont devenues cheffes de famille dans les camps de déplacés internes ou de réfugiés, où elles assurent d’importantes charges familiales, malgré les contraintes économiques, sociales et politiques.

Ainsi dans ces zones de fragilité extrême, les interventions de la Banque africaine de développement visent surtout à assurer aux femmes plus de ressources financières, en les soutenant dans les activités agricoles, l’artisanat, l’élevage, la création de micro-entreprises et la prestation de petits services.

Aussi dans ces régions et à travers le continent, la Banque met un accent sur l’accès accru des femmes aux services sociaux, notamment de santé, éducation, eau et assainissement, à travers les projets d’infrastructure sensibles au genre.

La BAD soutient aussi les femmes porteuses de micro-projets dans les domaines de l’entreprenariat féminin et le développement de chaînes de valeur agricole tels que les projets d’appui au développement de l’anacarde au Burkina Faso et au Mali. De nouveaux projets sont également mis en œuvre dans l’agribusiness qui permettent l’accès à des ressources techniques, outils numériques et à la propriété foncière, afin de renforcer leur compétitivité. Les femmes sont en effet au cœur de la sécurité alimentaire.

Outre ces interventions opérationnelles, la Banque produit des « Profils Genre Pays », qui permettent de générer des données chiffrées et d’identifier les domaines prioritaires d’intervention.

En raison de la persistance d’importantes disparités juridiques et socio-économiques entre les hommes et les femmes sur le continent, la Banque a lancé conjointement avec la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) l’Indice de l’égalité des genres en Afrique. Cet indice composite vise, entre autres, à évaluer la situation des femmes en comparaison et aux côtés des hommes dans trois dimensions : le bien-être économique, le bien-être social et l’autonomisation, à savoir la représentation politique et institutionnelle.

En collaboration avec la CEA et ONU Femmes, la Banque a organisé la diffusion mondiale du rapport de l’égalité des genres en Afrique en décembre 2020. Selon ce rapport, l’écart dans la région du Sahel reste le plus marqué avec une moyenne de 31,9 %, qui du reste est inférieure à la moyenne continentale estimée à 48,4%, en dépit des efforts remarquables et soutenus menés par les autorités dans cette région. Cette situation défavorable s’explique par les multiples défis rencontrés dans la région qui tendent à annihiler et rendre insignifiantes les avancées qui y sont constatées.  

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Selon cet indice, c’est la dimension économique qui présente les disparités de genre les plus prononcées, soulignant la nécessité de débloquer davantage de financement pour libérer le potentiel des femmes entrepreneures.

C’est en réponse entre autres à cette exigence que la Banque a lancé en mai 2016 l’initiative AFAWA (Affirmative Finance Action for Women in Africa) dont l’objectif est de favoriser l’accès des femmes africaines au financement afin de réduire leurs obstacles dans la création d’activité économique. La BAD cherche ainsi à combler un déficit de financement en défaveur des entreprises appartenant ou dirigées par des femmes en Afrique évalué à 42 milliards de dollars.

Autre initiative plus récente, la Banque et plusieurs partenaires ont inauguré, en octobre 2020, le réseau « Femmes pour l’éthique et la conformité en Afrique » (WECA, Women in Ethics and Compliance in Africa) autour de cadres et dirigeantes impliquées dans la lutte contre la corruption et la non-conformité dans les entreprises et activités commerciales.

La Banque Africaine de Développement encourage, enfin, un dialogue politique qui vise à soutenir les efforts de ses pays membres régionaux pour améliorer l’accès des femmes aux ressources économiques et sociales, en particulier la scolarisation des filles et l’amélioration de l’accès des femmes à la terre à travers des législations foncières plus favorables.

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Soulignons que dans les situations de fragilité, en particulier, l’attention portée aux femmes par la Banque vise toujours à réduire les inégalités de genre et à favoriser leur accès accru, comme celui des jeunes, aux ressources économiques et productives afin de consolider la résilience de communautés et des États.

« Les études nous démontrent que nous obtenons des rendements plus élevés lorsque nous investissons dans les femmes. Celles-ci réinvestissent la plupart de leurs revenus jusqu’à 90 % dans la mise en place d’un filet de protection sociale pour leur famille, avec des effets d’entraînement sur la santé, l’éducation, la nutrition et l’autonomisation des jeunes. Les investissements d’aujourd’hui produiront les rendements de demain. », a développé Vanessa Moungar, directrice du département Genre, femme et société civile à la BAD.

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Edith DAK

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