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“Garder le sourire c’est s’accorder le droit au bonheur” : Fatou Diome

Fatou_Diome_MyAfricaInfos

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Née en 1968 sur la petite île de Niodior, dans le delta du Saloum, en pays sérère,  au sud-ouest du Sénégal, Fatou Diome est une écrivaine franco-sénégalaise installée à Strasbourg depuis plus de vingt-cinq ans, qui observe et critique sa société d’origine et son pays d’accueil. Elle écrit comme elle parle, avec fougue et sensibilité. Que ce soit dans ses romans ou dans ses prises de paroles publiques, elle use avec habileté de cette langue piquante qui frôle parfois la satire.

Elevée par sa grand-mère Aminata, Fatou Diome a été conçue très tôt hors mariage par de jeunes parents adolescents.

En grandissant, contrairement à ce qu’exigent les traditions de sa terre natale, elle côtoie les hommes plutôt que d’aller aider les femmes à préparer les repas et assurer les tâches ménagères.

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Toujours en décalage avec le microcosme de l’île, elle décide d’aller à l’école et apprend le français. Sa grand-mère met un certain temps à accepter le fait qu’elle puisse être éduquée. Ainsi, la jeune Fatou Diome doit aller à l’école en cachette, jusqu’à ce que son instituteur parvienne à convaincre son aïeule de la laisser poursuivre ses études.

À treize ans, elle se passionne alors pour la littérature francophone et commence à écrire. Par conséquent, Fatou Diome quitta donc son village pour aller poursuivre ses études dans d’autres villes du Sénégal, tout en finançant cette vie nomade par de petits boulots du Haut de ses 14 ans et s’inscrivit au lycée de M’bour.

Elle travailla ensuite en tant que servante en Gambie et finit par entamer ses études universitaires à Dakar. C’est à ce moment, que Fatou Diome songea à devenir professeur de français, loin de l’idée de quitter son pays natal.

À vingt-deux ans, elle tomba amoureuse d’un Alsacien; une situation qui changea totalement le cours de sa vie.

Fatou Diome se maria et décida de suivre son époux en France à Strasbourg en 1994. Malheureusement, elle fut rejetée par la famille de ce dernier et divorça deux ans plus tard.

Elle se retrouva par la suite en grande difficulté, abandonnée à sa condition d’immigrée sur le territoire français. Pour pouvoir subsister et financer ses études, elle devait faire des ménages pendant six ans, y compris lorsqu’elle peut exercer la fonction de chargée de cours durant son diplôme d’études approfondies (DEA) avant de commencer sa thèse sur « Le voyage, les échanges et la formation dans l’œuvre littéraire et cinématographique de Sembène Ousmane ».

Cette situation qu’elle traversa avec difficulté, fut éphémère! Après des études de lettres et philosophie à l’université de Strasbourg, elle y donna des cours puis commença à enseigner à l’Université Marc-Bloch de Strasbourg et à l’Institut supérieur de pédagogie de Karlsruhe, en Allemagne.

En 2017, Elle reçoit les insignes de “doctorat honoris causa” à l’Université de Liège en Belgique.

MICHEL HOUET LIEGE BELGIUM FOR ULG – UNIVERSITY OF LIEGE

En outre Fatou Diome se consacra aussi à l’écriture. En vingt ans de carrière, elle a publié une dizaine de romans et de nouvelles.

En 2001 elle publia “La Préférence nationale”, un recueil de nouvelles, aux éditions Présence africaine; ensuite “Les Loups de l’Atlantique” en 2002 dans le recueil Étonnants Voyageurs.

En 2003,  son premier roman “Le Ventre de l’Atlantique” paru aux éditions Anne Carrière lui a valu une notoriété internationale.

Suivront ensuite “Kétala” (2006); “Inassouvies, nos vies” (2008); en 2010: “Celles qui attendent”;  “Le Vieil Homme sur la barque” et ” Mauve”.

En 2013, “Impossible de grandir”; plus tard, un essai remarqué en 2017 “Marianne porte plainte”, un véritable pamphlet contre les discours identitaires, racistes, sexistes et islamophobes. Dans cet entretien, Fatou Diome s’exprime sans filtre sur son enfance aux marges, l’immigration, le féminisme, ou la pensée décoloniale qui a le don de l’irriter.

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La toute dernière en 2019 “Les Veilleurs de Sangomar” est une oeuvre qui lui a valu le prix littéraire des Rotary Clubs de langue française cette même année.

Par ailleurs, Fatou Diome s’insurge contre les intolérants, elle défend le rôle de l’école et les valeurs républicaines.

Face à la montée du populisme, elle est régulièrement invitée à partager son point de vue sur des sujets politiques et sociaux dans les médias télévisés ou dans la presse. Elle prend notamment une position forte contre la montée du populisme avec le Rassemblement National en France.

En tant qu’écrivaine, Fatou Diome souhaite par ses livres rappeler les valeurs républicaines et humaines car elle estime « qu’il ne faut plus se taire face aux obsédés de l’identité nationale».   

Elle porte également un discours revendiquant une coopération plus égalitaire entre l’Europe et l’Afrique. Elle estime que pour le moment, l’Europe tire les ficelles d’une coopération inégale et que l’Afrique n’est pas maîtresse de ses biens.

Elle pense également que le complexe colonial reste persistant tant du côté des Africains que des Européens, ce qui empêche cette coopération d’être plus égalitaire.

L’écrivaine défend l’idée que “chacun, peu importe son origine devrait se sentir comme un être humain face à un autre être humain”. Dans ce sens, sans faire peser la responsabilité davantage à un continent qu’à l’autre, elle défend la nécessité pour les Africains de s’affranchir de leur statut de victime et pour les Européens de sortir d’une position de dominant afin de mettre fin aux schémas exploitant/exploité, donateur/assisté.

Enfin, elle précise qu’aider une personne, c’est l’aider à ne plus avoir besoin de vous, en écho à l’aide au développement mise en place par les pays occidentaux en Afrique notamment.

La mer est une obsession pour Fatou Diome, elle affirme: «  Peut-être parce que c’est une parfaite métaphore de la vie, notamment quand il faut braver les courants, affronter les vagues, trouver la côte paisible où se réfugier. La mer nourrit, emprisonne et tue. Et puis, parfois, c’est par la mer que l’on s’exile, que l’on s’ouvre au monde. »

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Edith DAK

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