Africa Global Recycling (AGR), est une entreprise de gestion et de recyclage des déchets. Créée en 2013 par le Togolais Edem d’Almeida, AGR est une véritable innovation sociale de par son modèle économique. Lauréat de la 9e édition des Bâtisseurs de l’économie africaine, M. d’Almeida nous révèle ici son parcours et ses ambitions.


Bonjour M. d’Almeida ! Qu’est-ce qui a motivé la création de votre entreprise de recyclage ?
Bonjour MyAfricaInfos ! Les africains doivent d’abord faire face à leurs responsabilités et trouver des solutions durables aux maux auxquels ils sont confrontés. Le constat permanent de l’échec de toutes les mesures en matière de gestion des déchets en Afrique sans impact durable malgré les sommes folles qui y sont consacrées, m’ont fait réfléchir.

En tant que professionnel reconnu en matière de gestion, valorisation et négoce de déchets, je me devais, grâce aux compétences acquises en Europe, de faire quelque chose pour mon pays et plus largement pour mon continent. Nous sommes tous une partie des solutions à nos maux.

Racontez-nous les débuts de Africa Global Recycling (AGR)
L’aventure a véritablement commencé en 2011 ; je venais de quitter mon employeur pour me mettre à mon compte en créant, en France, une société de négoce international de déchets recyclables et de matières premières secondaires. Je n’y voyais pas de développement sans l’Afrique et le Togo. C’était la mode de l’appel à contribution de la Diaspora à l’effort national mais vous n’y êtes ni accueilli, ni soutenu et vous êtes véritablement seul…Vous, avec votre conviction et votre amour du pays.

J’ai fait quelques voyages pour évaluer le potentiel et tenter de mesurer les risques…challenge difficile en l’absence de données. En 2012, avec mes premiers associés, la décision a été prise de nous lancer mais il a fallu réfléchir à un modèle économique adapté et dimensionner nous-même les outils d’un business model. Nous avions loué un premier garage pour mesurer la production de nos fournisseurs sur une année puis très vite, c’est le garage de mes parents qui nous a permis de stocker nos premières machines et matériels en attendant de trouver un site fonctionnel pour le centre de tri…un véritable sacerdoce.

Comment se passe le processus de collecte et de traitement des déchets ?
En 2013, nous ne récupérions pratiquement que du papier et du carton ; aujourd’hui nous avons du papier, du carton, du verre, des plastiques, des métaux, des équipements électriques et électroniques. C’est en tout plus de 60 qualités de matières que nous accueillons sur notre centre de tri de Lomé, le seul du pays.

Nous nous fournissons essentiellement auprès des entreprises, des industriels, certaines administrations et institutions qui y trouvent du sens.
Les déchets acheminés sur notre site sont contrôlés, triés et conditionnés en fonction de nos filières et de normes qui nous sont imposées.

Quelle est la destination finale des déchets traités par AGR ?
Les déchets que nous valorisons sont destinés à réintégrer de nouvelles chaînes de production dans les industries papetières, plasturgistes, métallurgistes et de l’énergie.


Avec Africa Global Recycling, un client est également un fournisseur ! Quelle est votre modèle économique ?
Notre modèle est basé sur une économie circulaire avec une redistribution des profits dans une logique « gagnant-gagnant » et un partenariat à double sens. Nous fournissons des services de gestion des déchets à nos clients qui eux-mêmes nous fournissent des déchets.

AGR est une véritable innovation sociale en ce sens qu’elle offre de l’emploi à toute personne désireuse de travailler. Combien d’employés compte l’entreprise actuellement et comment se fait le recrutement ?
Avec une trentaine de collaborateurs, nous en faisons un véritable laboratoire d’innovation sociale. Une volonté depuis la création. La question des déchets dans notre pays et en Afrique est, pour nous indissociable de la justice sociale, de l’égalité des chances et de la valorisation de l’humain. On peut ne pas être allé à l’école et être très compétent avec un esprit d’adaptabilité extraordinaire. Nous avons été habitués à aller à l’école pour devenir ministre ; c’est le seul costume qui fait rêver et malheureusement encore beaucoup. Le costume de l’éboueur a exactement la même valeur quand celui qui le porte se sent valorisé et respecté.

Chez Africa Global Recycling, on ne travaille pas pour le patron, on travaille avec le patron. C’est le salarié qui fait sa promotion.Vous avez envie de travailler, d’écrire une histoire, alors vous avez votre place chez nous. Ne pas savoir lire et écrire n’empêche personne d’être chef d’équipe ; vous pouvez ne pas avoir été au lycée et devenir Responsable de production ; ce sont des réalités chez nous. Nous avons opté pour un mode de management décontracté mais sérieux, un management participatif qui développe le sentiment d’appartenance de nos collaborateurs avec qui nous partageons nos réussites, nos échecs, nos doutes, nos réflexions sur l’avenir de l’entreprise.

Vous avez participé à la 9e édition de Bâtisseurs de l’économie africaine tenue en Côte d’Ivoire en avril dernier. L’émotion était au rendez-vous ! Voulez-vous en parler ?
Se retrouver au milieu de grandes dames et de grands hommes qui portent l’économie Africaine dans toute sa diversité ne peut susciter qu’une grande fierté. C’est un bel encouragement à continuer et qui nous conforte dans nos choix malgré les difficultés. Une grande émotion oui, mes pensées étaient tournées vers mes parents et mes collaborateurs avec qui nous avons bien évidemment fêté cela à mon retour à Lomé. AGR ne s’est pas fait sans de gros sacrifices de chacun d’entre eux. C’est notre premier prix décerné en Afrique, par des africains, tout un symbole.

Sur la sélection, j’ai été surpris lorsque j’ai reçu le mail m’annonçant que je serai honoré pour le travail que j’entreprends modestement. J’ignorais jusque-là que je participerais au forum des Bâtisseurs de l’économie africaine. Il ne s’agit pas d’une compétition mais un jury de professionnels discrets qui vous suivent, scrutent votre parcours à la loupe pendant plusieurs mois, évaluent la pertinence de votre projet pour votre pays et le continent. Preuve que ce ne sont pas uniquement les têtes d’affiches qui intéressent, c’est aussi une originalité de ce forum.

Le bond que fait la notoriété se mesure instantanément ; il implique que nous avons plus que jamais une obligation de réussite pour honorer cette confiance.

« L’Afrique, nouvelle eldorado des investisseurs », fut le thème de cette édition des Bâtisseurs de l’économie africaine. Pensez-vous que l’Afrique a les ressources humaines nécessaires pour se prendre en main ; ou faut-il toujours faire appel aux investisseurs extérieurs ?
Nous avons débattu sur le sujet longuement y compris sur les défis de l’innovation pour la croissance des PME africaines. Oui c’est un eldorado ! Mais elle l’a toujours été finalement ; pour moi elle l’est juste davantage parce qu’elle concentre les principaux relais de croissance des grandes puissances du nord et du géant Chinois et Russe. Sans se recroqueviller sur soi, l’Afrique devrait être d’abord un eldorado pour elle-même, ses fils, ses femmes, ses jeunes, ses agriculteurs, ses industries…

Elle n’a pas à mon sens les ressources humaines nécessaires aujourd’hui pour faire face à tous les défis mais elle a tout le patrimoine humain pour en assurer le développement. Il y va de la responsabilité des gouvernants, des décideurs d’opérer les transformations structurelles, des réformes en termes d’éducation et de formation professionnelle et redéfinir des bases nouvelles de coopération nord-sud et sud-sud pour une croissance partagée et durable. L’Afrique doit créer 600 millions d’emplois dans les 20 ans qui viennent et dans le même temps, selon la Banque Mondiale, 70% des emplois actuels devront disparaître du fait des mutations qui s’opèrent dans les modes de production notamment dans l’industrie ; une équation qui ne se résoudra qu’avec prise de conscience, bon sens et pragmatisme de nos dirigeants.

Je dis souvent qu’en Afrique, nous sommes à la fois des rugbymen et des pompiers pyromanes ; rugbymen car nous savons nous approprier les avancées et transformer les essais, pompiers pyromanes car nous avons le don de prendre des mesures qui anéantissent les solutions que nous avons pour réussir.

Durant votre allocution lors la rencontre à Abidjan, vous avez parlé d’une délocalisation de AGR vers la Côte d’Ivoire. Quelles sont les raisons d’une telle décision ?
Il ne s’agit pas d’une délocalisation mais d’une démarche qui s’inscrit dans nos ambitions panafricaines et qui est nécessaire pour le développement d’AGR.
Nous ne pensons pas que tout sera plus facile mais la Côte d’Ivoire est à l’image de ce que nous souhaitons pour notre développement ; elle est ambitieuse, volontariste avec un environnement propice au développement d’entreprises innovantes. Elle a d’ailleurs toujours été avant-gardiste.
Nous souhaitons nous installer dans différentes capitales dans les prochaines années ; Abidjan et Cotonou sont donc une première étape.

Nous vous souhaitons bonne chance pour les prochaines étapes !
Merci à vous !

Des projets à court ou moyen terme?
Il s’agit de renforcer notre position avec un renforcement des moyens techniques et une phase d’industrialisation à Lomé, lancer nos implantations au Bénin et en Côte d’Ivoire. Proposer un modèle pour structurer l’informel et ouvrir la voie à d’autres initiatives notamment de jeunes et de femmes.

Edem d’Almeida

A l’endroit de la jeunesse africaine, vous avez sûrement un mot. Lequel ?
Il est évident qu’il ne faut plus se faire conter l’histoire, il faut la faire et chacun d’entre nous peut faire l’histoire. Croyez en vous, et faites vous-mêmes. « Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est la difficulté le chemin ».

Quelle est votre citation préférée ?
« La meilleure façon de prédire l’avenir, c’est de le créer » Peter Drucker

Votre dernier mot s’il vous plaît !
Trouvons dans nos maux en Afrique, les opportunités de développement et de réussite.
Merci à MyAfricaInfos pour l’intérêt que vous nous portez, cela nous honore et bravo pour la qualité du travail que vous accomplissez.

Vous pouvez contacter AGR via :
Téléphone : +228 22 61 20 22
E-mail : info@africaglobal-recycling.com
Facebook : Africaglobalrecycling
Twitter : @AfricaRecycling
LinkedIn : www.linkedin.com/in/edemagr/
Site web : www.africaglobal-recycling.com

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