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RDC/ La Congolaise Debora Kayembe, première rectrice noire de l’université d’Édimbourg (Royaume-Uni)

Debora-Kayembe-MyAfricaInfos

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Installée en Écosse depuis 2011, l’avocate spécialiste des droits de l’homme Debora Kayembe a été nommée début février pour trois ans recteurs de l’Université d’Édimbourg, la troisième université la plus riche du Royaume-Uni. Un poste qu’elle occupera à compter du 1er mars.

Née à Kinshasa, la quadragénaire Debora Kayembe est la première personnalité noire et la troisième femme depuis 1858 à être à la tête de l’université d’Édimbourg. C’est la première fois qu’une personnalité noire, issue de l’immigration va occuper ce poste. Une petite révolution pour cette institution, fondée au XVIe siècle.

Historique de Debora Kayembe

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C’est en République démocratique du Congo que Debora Kayembe Buba fournit ses premières armes. Elle fut élevée par sa tante paternelle et par son oncle médecin, au sein d’une famille aisée, très proche du pouvoir de Mobutu Sese Seko.

Après des études de droit à l’université libre de Kinshasa, Debora Kayembe très sensible aux affres de l’inégalité qui frappe son pays s’engage et devient militante des droits de l’homme entre ses stages aux Nations unies et son barreau qu’elle effectue à Matadi, dans la province du Bas-Congo.

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Au bout de ce premier cursus, elle s’oriente vers le droit international. Mais très vite, elle est remarquée pour son activisme, alors qu’une autre plaie sévit en RDC : “la corruption”. C’est ainsi qu’elle plonge dans les dossiers liés à la lutte contre ce fléau. Recherchée par un groupe armé, elle fuit son pays in extremis pour le Royaume-Uni en 2005 et parvient même à contribuer à démasquer ses poursuivants.

Après avoir quitté son pays natal pour des raisons de sécurité ; l’avocate et linguiste a demandé l’asile au Royaume-Uni, fondé une famille et s’est installée en Écosse à Édimbourg en 2011, où la militante politique s’est spécialisée dans les dossiers de droits humains. Elle n’a jamais cessé en sa nouvelle patrie l’Ecosse, de lutter ardemment et vaillamment pour la défense des droits de l’homme. Par la suite, Elle siègera au conseil d’administration du “Scottish Refugee Council”, un organisme de bienfaisance et d’assistance aux demandeurs d’asile et aux réfugiés ; et sera membre du bureau du procureur de la Cour pénale internationale et de “l’International Criminal Court Bar Association”.

Rapidement son abnégation, et sa probité sont récompensées et elle devenait en 2019 la première africaine à avoir son portrait sur le mur de la “Royal Society of Edinburgh”, honorant ses réalisations et ses contributions. Un honneur avant la consécration puisque, l’université d’Edimbourg suivant les pas de la Royal Society, lui a demandé quelques jours avant cela de devenir la troisième rectrice de l’institution, et surtout la première femme de couleur à accéder à ce poste.

 Une fierté indescriptible de Debora Kayembe

Classée 30 ème au monde des universités les plus prestigieuses par le journal mensuel britannique ‘’Times Higher Education’’; l’Université d’Edimbourg est parmi les meilleures au monde pour étudier les arts, les sciences humaines, le droit et la psychologie. Aujourd’hui, l’Université a fait de la personne de Debora Kayembe, sa première rectrice noire.

« Je suis pleinement consciente de l’importance de mon rôle », a-t-elle affirmé.

Dans une communication à la suite de son élection, la nouvelle rectrice déclare : « Je suis ravie et profondément honorée d’avoir été élue comme la première personne de couleur à occuper le poste de recteur de l’Université d’Édimbourg. Je suis pleinement consciente de l’importance de mon rôle à un moment aussi critique. Nous sommes confrontés à tant de défis : de la pandémie de Covid-19 aux batailles pour la justice raciale et aux comptes du passé à la suite du meurtre de George Floyd et de la naissance du mouvement Black Lives Matter. Le respect des valeurs d’humanité et de gentillesse est au cœur de tout mon travail et j’ai hâte de travailler avec le personnel, les étudiants et toute la communauté universitaire, pour m’assurer que chacun est valorisé ».

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Malgré son parcours, elle estime que rien ne l’avait préparée à se voir proposer de prendre la tête de l’université d’Édimbourg.

En novembre dernier, elle avait été approchée pour savoir si elle envisagerait d’accepter le poste, jamais occupé par une personne noire. Elle a accepté, tout en pensant que ses chances étaient minces. Sa nomination l’a laissée sans voix.

« C’est quelque chose que je n’avais jamais imaginé », confia-t-elle.

« C’est quelque chose que je n’ai jamais cherché, c’est arrivé sur un plateau » a-t-elle rajouté.

Aujourd’hui âgée de 45 ans, Debora Kayembe se sent reconnaissante, honorée et comblée à travers ce titre.

 « J’exprime un sentiment de profonde gratitude pour ceux qui m’ont désigné en tant que candidate. C’est une grande responsabilité parce que je suis un exemple qui montre au monde que si vous êtes capable de réaliser les bonnes choses et de lutter pour la justice en vous oubliant vous-même et en mettant la cause des autres en avant, la récompense sera toujours grande », a déclaré Debora Kayembe à Financial Afrik.

Debora Kayembe victime de racisme

Plusieurs mois avant sa nomination, elle s’était retrouvée mêlée à un conflit qu’elle avait d’abord voulu éviter. Elle avait déjà été victime de racisme auparavant en Écosse. Mais les attaques ont atteint leur paroxysme en juin dernier, en pleine mobilisation mondiale contre le racisme après la mort de George Floyd, Américain noir mort lors de son arrestation par la police aux États-Unis.

“Debora Kayembe se rendait en voiture à un rendez-vous professionnel quand sa voiture a violemment quitté la route. En inspectant le véhicule, elle s’est rendu compte que des clous avaient été mis sur les quatre pneus de sa voiture.”

 « Les fois précédentes, je pouvais dormir tranquille », explique-t-elle. « Parfois, il faut faire le dos rond et laisser passer les choses, mais ce qui m’est arrivé ce jour-là est inacceptable. » a-t-elle renchéri.

Elle a raconté ce qui s’était passé sur les réseaux sociaux. Mais plutôt que de chercher la confrontation, elle a choisi d’adopter un message de tolérance et de dialogue avec ses agresseurs.

« Je leur ai dit : écoutez, ces choses font partie du passé. On a dépassé ça, si vous ne comprenez toujours pas, il va falloir que l’on dialogue. C’était ça, mon message. Rien d’autre. ».

Peu de temps après, sa fille est revenue de l’école en larmes, une enseignante lui avait demandé de faire une danse d’esclave devant ses camarades de classe. Après des explications avec l’école, elle a lancé une pétition pour que le Parlement écossais s’attaque d’urgence au racisme dans le système éducatif. Le parlement a accepté, la question sera débattue dans les mois qui viennent.

C’est justement le message de dialogue et de tolérance qui a attiré l’attention de l’université d’Édimbourg, qui compte parmi ses anciens étudiants Premiers ministres, Prix Nobel et athlètes olympiques.

« Ils m’ont dit qu’en tant que rectrice de l’université, mon message ira loin et que le monde entier écoutera », rapporte-t-elle.

« C’est pour ça que nous voudrions que vous preniez le poste », ont-ils ajouté.

Debora Kayembe fait honneur pour la RDC

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C’est une fierté nationale pour la RDC. La famille de Debora Kayembe a été submergée d’émotion en apprenant la nouvelle.

 « Il y a un sentiment de fierté nationale, ils attendent la cérémonie inaugurale cet été pour venir en Écosse voir ça de leurs propres yeux », raconte-t-elle.

Sa priorité après son installation le 1er mars sera de s’assurer que l’université attire “les esprits les plus brillants en Écosse” pour l’aider à se remettre après le coronavirus. La pandémie a eu pour vertu d’ouvrir les possibilités d’enseignement à distance, une opportunité pour l’Afrique, selon Debora Kayembe.

Membre du barreau congolais depuis 2000, elle n’est pas retournée dans son pays depuis plus de 16 ans qu’elle s’est enfuie. Là-bas, sa vie est toujours menacée. Elle espère pouvoir grâce à son poste de rectrice promouvoir un meilleur enseignement pour le continent.

Lire aussi: Master Class inédite: Thème: “Comment vaincre la fragilité émotionnelle et performer dans un environnement hostile ?”

« L’Afrique a besoin de l’éducation, de la meilleure éducation. Mon rôle sera de m’assurer que ce soit tout en haut de l’agenda » a-t-elle souligné.

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Edith DAK

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