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Togo/ Éric MC : l’engagement, c’est son métier !

The black Nigga, Adja Mofo, etc. sont entre autres les surnoms qu’on lui prête à dessein. Il est l’un des pionniers du Hip Hop togolais, sinon le père de ce genre de musique au Togo. Vous l’avez bien deviné, il s’agit de Éric MC. Allons à la découverte de ce personnage et de son parcours impressionnant.

Née un 1er septembre, Éric MC ; Mensah Ayaovi de son vrai nom, a fait ses études primaire et secondaire à Abidjan (Côte d’Ivoire). Sa grande passion pour la musique Rap l’amenait à chanter instinctivement des mélodies de ce genre notamment lors des pauses de récréation à l’école. Une situation qui a été interprétée autrement par ses parents.

« Dans les années 80 mon père m’obligea à rentrer au Togo pour subir une ‘’purification’’ à travers la cérémonie traditionnelle ‘’kota Togbui zikpé ‘‘ ; car le robot et la musique rap me tombaient dessus à l’école dans la cour de récréation. A cette époque, mes amis d’enfance de quartier, le Groupe RAS Mythique de la Côte d’Ivoire sortait son single Agnagna. Depuis mon retour au pays, commença une vie de turbulences, de turpitudes et de vicissitudes.

Ma jeunesse a pratiquement été détruite par le régime politique en place. Premièrement, j’ai été renvoyé du CEG Ablogamé pour refus de faire l’animation populaire au guide (Gnassingbe Eyadema). Après avoir intégré un autre collège, je fus de nouveau renvoyé à cause d’un nom français sur mon acte de naissance. C’est à partir de là que la rue m’a accueilli pour me donner une autre éducation ; celle de la plus grande université du monde qu’est le ghetto ».

Même dans le ghetto, Mensah Ayaovi n’a pas perdu son amour pour la musique. Cependant, le Togo dans lequel il voulait déployer ses ailes en tant que rappeur, n’était pas très favorable à la musique étrangère encore moins à ce style de musique. Dans ce climat hostile, Il s’est trouvé un autre moyen pour nourrir sa passion. Il deviendra donc un abonné des boîtes de nuit et discos mobiles qui quoi qu’également interdits, étaient clandestinement organisés.

« En 1982, le régime a fait disparaitre le tout premier groupe Rastafari du Togo à cause du style de cheveux ; les ‘’dreads locks’’. A cette époque toutes chansons qui manquaient de faire l’apologie du régime en place étaient destinées aux oubliettes et leurs auteurs poursuivis et poussés à l’exile. Par conséquent, les récitals, soundsyteme, disco mobile étaient les seuls lieux où se jouait le disco, le Funk, le reggae, etc.

En 1989, le Z Night-Club eut à organiser le championnat d’Afrique des disc-jockeys à Lomé avec 8 pays représentés. Entre 1989 et 1990 ; je me suis inscrit dans une école de formation professionnelle en disc-jockey (le Jatt Sound Studio) à Lagos au Nigeria ».

Il faut rappeler qu’entre-temps ; en 1990 plus précisément, le vent de la démocratie a soufflé sur le Togo, ouvrant la voie à la création des médias privés, les radios privées entre autres. Ce changement d’ère donna un souffle nouveau à la musique togolaise et par ricochet, au rap togolais.

« De retour à Lomé en 1990, j’ai commencé à travailler dans les boîtes de nuit organisatrices de concerts Sound système. Cette année-là, il a été créé le Kingsound studio en collaboration avec des DJ de la capitale ; ce qui deviendra plus tard la racine du mouvement Hip Hop made in Togo. En 1992 l’école de musique Kingsound studio fait la première partie du concert de Mc Solaar en tournée à Lomé. En 1993, je fus sollicité par le groupe RAS de la Côte d’Ivoire afin de travailler sur leur 2e album. Ce fût un moment fructueux puisqu’il m’a permis de gagner en expérience. »

En 1994, l’artiste met en place son premier groupe dénommé Blaaknigga, composé de Eric MC ‘’Dj Black’’ et de Fréjus Hyacinthus. Ce dernier est le fils du feu chanteur Sewa Hyacintho.

Ensemble, ils saisiront les opportunités de passage sur les radios privées qui, entre temps, ont acquis une certaine liberté. Cette liberté gagnée profite également à l’émergence d’une génération d’animateurs et de producteurs d’émissions radiophoniques ; un vrai plus pour la musique Hip Hop made in Togo.

Cette même année, Éric MC enregistre son premier single titré ‘’Love me Blague me’’ qui interpelle sur la pandémie du Sida qui faisait rage à l’époque. Cependant, ni l’Etat togolais, ni les organismes de santé comme le PNLS ou ONUSIDA présents sur le terrain n’ont daigné accompagner cette initiative.

Deux ans plus tard, il entre en studio mais en sort bredouille. Toutefois, le chanteur compositeur est un combattant dans l’âme et surtout déterminé à réaliser son rêve malgré les multiples obstacles.

« En 1996, j’enregistre mon 1er album composé de 8 titres, dans un studio analogique de Lomé. Mais la qualité sonore n’étant pas à son top, le projet fût abandonné. Conjointement avec Eric MC, le Centre culturel français de Lomé organise la même année le premier concert rap Togo. Ce concert fût un succès total notamment grâce au soutien de l’émission Couleurs de TVT, Boom Star Soundsystem de radio Kanal+, Tropic FM et toutes les émissions qui accompagnaient le mouvement Hip Hop.

Sous l’égide de son ancien DG feu Pitang Tchalla, la télévision Togolaise (TVT) organise en 1997, le 1er festival national des musiques Hip Hop made in Togo sur toute l’étendue du territoire et ce, sous le haut patronage de l’ex-chef de l’État feu Gnassingbe Eyadema. La musique Hip Hop fût alors médiatisée.

En 1998, je tente à nouveau l’aventure des studios toujours exigeants et éternels insatisfaits.  Je me retire alors de la scène musicale pour me maintenir dans l’underground.

Au fil des années, l’artiste aura fait face à beaucoup d’obstacles notamment sur le plan national. Sa musique et ses textes ne rencontreront jamais la sympathie des pouvoirs en place qui en, réalité, contrôlent pratiquement tous les secteurs de la vie socio-politique, économique et culturelle du pays. Et dans un pays où le culte de la personne est très encré, Éric MC sera et est toujours l’objet de censure. Cette ombre de censure aura également raison de l’artiste jusqu’au-delà des frontières togolaises voire africaines. Des concerts seront annulés sans avertissement, des projets abandonnés sans plus d’explications. Même s’il aura trouvé la faveur auprès de certains bons samaritains, la vie artiste de Éric MC n’a pas été des plus aisées.

De la musique à la politique ?

Dans une atmosphère nocive sinon néfaste pour sa carrière et plus encore pour sa vie, Éric MC prendra la route de l’exil en 2006. Et même après son retour d’exil, les choses n’auront pas beaucoup changé en ce qui concerne sa relation avec les médias et les promoteurs de la culture au Togo. D’autres styles de musique seront promus alors que les artistes du Hip Hop engagé font des pieds et des mains pour passer leurs messages. Ceux-ci seront caricaturés par les médias et journalistes pro-régime.

Commença alors une campagne de dénonciation de la censure injuste dont il est victime. Éric MC fera le tour des radios, télévisions, presses pour défendre sa cause et celle d’artistes engagés comme lui et qui souffrent de la même stigmatisation. Des lettres envoyées à la présidence, à la primature, à l’Assemblée nationale, à l’ambassade de France au Togo et même aux organismes de défense des droits de l’Homme seront restées sans réponse.

Il créera en 2012, avec la collaboration de ses camarades artistes engagés, le collectif Y’en a marre Etiame ; à l’image de l’organisation de la société civile Y’en a marre du Sénégal. Afin de donner une légitimité et de propager leur action au-delà des limites de Lomé, le groupe se joint au Collectif Sauvons le Togo (CST), un regroupement de partis politiques qui se sont donnés pour mission de réclamer les réformes institutionnelles et constitutionnelles. Cependant le CST décidera d’aller aux législatives en 2013 malgré la non-réalisation des réformes demandées ; ce qui causa la rupture avec le Collectif Etiame.

Engagé à faire sa part dans la libération de son pays, Éric MC déclarera ses intentions de se présenter à la présidentielle de 2015 sans y participer finalement. Cette initiative rencontrera l’ironie des médias proches du gouvernement togolais.

Dès lors, l’artiste Éric MC est très déterminé à œuvrer dans la libération du Togo. Il milite à ce jour au sein du Mouvement des artistes engagés pour le Togo Debout. Il y défend ses convictions politiques, publiques, culturelles et sociales.

Par ailleurs, Éric MC a écrit un mémorandum et un livre sur l’histoire du Hip Hop made in Togo. Faute de maison d’édition, ses manuscrits sont restés dans le placard.

Discographie

2003 Adjamofo

2005 Mimbo mofo

2010 L’exilé

2012 Censure (Une compilation de toutes les vidéos clips)

2015 Sauvons le Togo, Libérez Pascal Bodjona

Citations préférées

    • – « La pauvreté n’est pas une vertu, c’est un crime. Avoir faim sans espoir de trouver à manger, tomber de sommeil sans trouver où poser la tête, être nu sans trouver à se vêtir, être abandonné et méprisé, c’est être désigné pour le crime et pour l’enfer ».
    • – « La chose la plus belle, douce, agréable et merveilleuse, c’est la vie ; mangeons-la sans retenue ».

Suivez l’artiste sur Facebook: https://www.facebook.com/mensah.ericmc

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Nouroudine Akinocho

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