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Sexe/ Elle parle de son viol plus de 5 ans après les faits

En Afrique plus de 45% de femmes sont victimes de violences sexuelles. Mais c’est un sujet tabou malgré le travail des organisations de défenses des droits des femmes. Humiliées et déshumanisées, les victimes éprouvent de la peine à parler de leur viol et tourner cette page sombre de leur existence.

 

Cette fille nous l’avons décidé de l’appeler Olga. Elle a décidé de nous parler de son histoire plus de 5 ans après. Ce jour-là, elle revenait de son travail à une heure très tardive de la nuit. Elle descendit d’un taxi, entra dans une ruelle pour rallier son domicile quand deux inconnus l’abordèrent. Ils lui demandèrent ce qu’elle cherchait à cette heure de la nuit. Lorsqu’elle leur répondit qu’elle revenait du boulot, ils ne crurent pas. « Tu n’es qu’une pute qui regagne la maison après avoir avalé plusieurs bananes« , mentionna le premier. Elle ouvrit son sac pour leur montrer son badge, mais les deux hommes ne lui laissèrent pas le temps et se ruèrent sur elle, l’entraînant contre un mur pour commettre leur forfait. La pauvre fille se rendit compte en ce moment qu’il s’agissait de deux frères. Le souffle court, la gorge nouée, les frangins la possédèrent comme des barbares.

Les questions qui hantent les violées

« Le viol est le seul crime dont la victime se sent coupable« , Clémentine Autain, femme politique française, violée  sous la menace d’une arme blanche aux abords de l’université Paris-VIII.

Ce qui fait sombrer les femmes violées dans la culpabilité, c’est le regard de la société. « La souillure du viol entraîne une honte chez elle qui les amène à se réfugier dans le silence. Elles ne peuvent rendre public leur drame que lorsqu’elles parviennent à affronter le regard d’autrui, ce qui prend énormément de temps« , déclare Lise Poirier-Courbet, psycho-sociologue et auteur du livre: « Vivre après un viol« .

Olga n’arrivait pas à parler de son viol parce qu’elle avait peur des questions qu’on pourrait lui poser.  « Qu’est-ce que tu cherchais dans la nuit ? Toi-même tu sais que c’est dangereux, non ? Il fallait rester au boulot. Tu t’es donné à eux ou bien ils t’ont forcé ? Tu ne vas pas dire que tu n’as pas éprouvé de plaisir?« . Et chaque fois, ces questions lui taraudaient l’esprit. Elle était incapable de reconnaître ces « frères barbares« . 

Dans la grande majorité et en particulier le cas d’Olga, les victimes n’ont aucune arme pointée sur elles. Ce qui fait la contrainte, selon Clémentine Autin, c’est l’autorité, la domination physique, les menaces, le chantage affectif. On ne peut pas comprendre le viol si on ne comprend pas la sidération. Cette paralysie liée à la peur de mourir qui fait que, par exemple, une femme ne va pas mordre le sexe de l’homme lors d’une fellation imposée ou crier pour appeler au secours. Olga a été menacée avec des paroles  

Conséquences du viol sur la santé physique et psychique des femmes 

« Au cours de l’acte, j’avais l’impression de ne plus exister. Cette sensation était paralysante. Je voyais ma vie s’écrouler. Pendant que je vivais l’horreur les deux frères jouissaient tranquillement« , confia-t-elle en respiration profondément comme si elle étouffait.

Après cet acte ignoble les deux frères sont partis en ricanant. Ils jetèrent à leur victime des paroles blessantes qui la laissèrent dans une douleur indescriptible.

 

Traumatisées, les victimes de viol sont enclines à la dépression, à la probabilité de contracter les maladies sexuellement transmissibles notamment, la syphilis, la chlamydiose, la gonorrhée, le SIDA, etc…

Le premier mois, Olga fit d’abord un test de grossesse. Trois mois plus tard, elle fit un test de dépistage du SIDA. Dieu merci, elle n’était ni enceinte ni infectée d’aucune maladie sexuellement transmissible. C’était une victoire, mais la bataille n’était pas encore gagnée pour elle.  « Durant des années, j’ai cessé de vivre. Il n’y avait aucun homme dans ma vie« , dit-elle avant d’ajouter : « Imaginez la réaction d’un homme a qui je raconte que j’ai été violée. Il ne va pas hésiter à tourner les talons comme si j’étais souillée à jamais« . Il n’y avait aucune possibilité d’en parler au risque de se faire rejeter par la société ou son entourage.

Rompre le silence pour parler du viol dont on a été victime n’est pas chose aisée. En 2013, l’OMS dans son rapport, intitulé « Estimations mondiales et régionales de la violence à l’encontre des femmes: prévalence et conséquences sur la santé de la violence du partenaire intime et de la violence sexuelle exercée par d’autres que le partenaire« , souligne que la crainte de la stigmatisation empêche nombre de femmes de signaler les actes de violence sexuelle commis par d’autres personnes que leur partenaire. Le même rapport montre que la violence accroît fortement la vulnérabilité des femmes face à toute une série de problèmes émotionels et de santé à court ou à long terme.

En dépit de ces obstacles, cette étude de l’OMS a révélé que 7,2% des femmes dans le monde ont signalé des violences sexuelles exercées par d’autres personnes que le partenaire.

Olga a eu le courage de se confier car, aujourd’hui, elle a une vie familiale stable et une carrière bien construite.

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