Slameur, rappeur et poète ! Oui, Horus Donkovi est tout cela à la fois. Dans cet entretien, il nous relate son histoire ; un parcours unique et propre à lui. Il y fait des révélations sur le rap et le Hip Hop Togolais. Vous allez sûrement vous y retrouver !

Bonjour Horus! Présentez-vous à nos lecteurs s’il vous plait!
Je me nomme Horus DONKOVI. Et je réponds au même nom pour mes prestations.

Pourquoi avoir choisi Horus comme nom de scène plus qu’un autre ?
Horus est mon prénom et bien évidemment, ce sont mes parents qui l’ont choisi pour moi. Ils se sont toujours beaucoup intéressés à l’histoire africaine. La petite anecdote familiale par exemple, est qu’une de mes sœurs se prénomme “Isis”. Ayant eu la chance d’avoir un prénom hautement symbolique de l’histoire africaine, je n’ai pas jugé nécessaire de prendre un pseudonyme. Certains, pour faire court, disent tout simplement “Horus”.

Quel est votre style de musique ?
Je suis dans le Rap et le Slam, mais en réalité je m’intéresse à tout ce qui touche à la parole de façon artistique, et à l’écrit. Je m’essaie donc à la poésie, aux scenarios, aux contes, etc.

Qu’est-ce qui vous a motivé à faire carrière dans le Rap GAME ?
Je pense que j’en suis venu de façon graduelle au Rap. Petit, j’écoutais du Pierre AKENDENGUE, du Francis BEBEY, il y avait aussi des auteurs plus ironiques comme ZAO. Ensuite, je suis d’une époque où la musique d’engagement était à la mode. On chantait la conjoncture comme Hilarion NGUEMA, la corruption comme PRINCE EYANGO, la libération de MANDELA comme Johnny CLEGG et Alpha BLONDY criait le multipartisme. En Europe, les premiers groupes que j’écoutais, était BENNY B, qui dans leurs clips magnifiaient le break dance.
Puis dès 1990 viennent la liberté de presse ainsi que la liberté de parole. On a en Afrique les premiers titres de SNAP, de LL COOL J, de KRIS KROSS, le Rap était là. C’est la mode de la jeunesse qui s’exprime hors des codes figés de la société, on se jette tous dedans.
Je faisais déjà de la poésie, et le premier texte que je tente de rapper est “Souffle” de Birago Diop. On est en 1993. Je pense qu’un des premiers morceaux qui me fascinait était “I need love” de LL COOL J, et ceux qui nous prouvaient qu’on pouvait rapper jeune, noir et en français c’étaient Mc SOLAAR qui a mis tout le monde d’accord avec “Bouge de là” et KRIS KROSS avec “Jump”.

Durant cette période que vous citez, le Rap togolais a également connu des avancées significatives. Que pouvez-vous nous en dire ?
Lorsque j’arrive à Lomé en 1995, il n’y a à ma connaissance, pas de rap togolais qui émerge. Il y a d’ailleurs très peu de musique togolaise. Ce qu’on écoute un peu partout, ce qu’on joue pendant les fêtes c’est du hip hop américain, de la musique congolaise et ivoirienne et du zouk majoritairement.
Si on apprécie le hip hop, et on en singe l’attitude, on se garde bien de se l’approprier parce que cela est mal perçu.
Il m’a fallu du temps pour m’apercevoir qu’il existait quelques groupes. Les premiers dont j’entends parler seront NEGRO FORCE avec Ametek et King lion, qui firent plus tard partie du groupe DJANTA KHAN, 3 FATAL B où il y avait l’actuel Orcyno et ses frères, le KZN’S CREW, … et le BLACK SYNDICATE avec Daddy Creator et Jamal. Le premier album rap togolais que j’écoute vient de ce dernier groupe. J’entendais aussi parler de ALI JEZZ, de ERIC MC, de Don TESCO, de OMBRES DU SUD et 5eme BAZ, FREE STATE qui deviendra OSSARA.

Parlez-nous alors un peu de votre parcours artistique
Après mon petit essai avec “Souffle”, je dessine, fais du tag et j’écris des poèmes. Ensuite, je rentre au TOGO après avoir passé quelques années au Bénin. Je débute mon RAP donc au Togo en 1995, en co-fondant un groupe, APOTHEOSE, avec des amis. Suivent UNDERGROUND FLOW, H2N, et enfin BALLES 2 RIMES, à partir de 2002.
Avec BALLES 2 RIMES, on enchaîne les scènes et participe à la première compilation officielle de l’histoire du Rap togolais “ENTRE DEUX MONDES” de HOPE ROW RECORD. Les scènes et les festivals continuent à s’enchainer mais de façon décroissante. Parallèlement je sors mon premier single “PUT YOURS HANDS UP” sous B PRODUCTION de MISTER B (2003), puis j’enchaine avec un autre titre resté culte “MA CHRONIQUE” (2004), puis viennent bien d’autres sons et d’autres collaborations. Je suis en 2007 au WAGA HIP HOP. J’intègre les scènes Slam, parce que je trouve qu’elles mettent en avant les messages et les écrits, ce qui se perd dans le rap et me déçoit.
En 2009, je rencontre d’autres artistes qui partagent avec moi le rap d’engagement. Et je m’investis avec eux dans plusieurs de leurs scènes. Et là aussi, elles sont nombreuses et se partagent entre Lomé, Cotonou, accra et Ouagadougou. J’aurai peine à les citer toutes.
Ma dernière scène à l’extérieur du pays, s’est faite sur une scène dédiée rap du CHALE WOTE 2017 (yoyotinz), un des plus grands festivals urbains d’Afrique, au Ghana.
J’ai sorti plusieurs sons : MISCELLIUM 1&2, L’EAU DANS LE GAZ, LES CHRONIQUES DU 228.
Et mon dernier clip est sorti cette année, le morceau se nomme EXODUS, et parle d’immigration clandestine.

D’où vous viennent toute cette inspiration artistique ?
De mon observation du quotidien et des analyses que j’en tire, de l’observation du monde et de son fonctionnement, de l’observation de l’humain et de ses tribulations.

Outre le rap, vous êtes également slameur vous l’avez dit. Mais n’est-ce pas deux mondes différents bien qu’issus du même moule ?

Ce sont deux mondes parents. On y ressent des sensations différentes, car l’exercice n’est pas le même. Le rap a ce côté MC ; Maître de Cérémonie où on se doit de captiver la foule et de la faire bouger. Le slam, c’est exposer un texte de la plus belle façon qui soit, on emprunte au rap, au théâtre, au conte, on se joue de la rythmique, on y revient, devant un public attentif à chaque syllabe. Le slam est un exercice différent. Beaucoup de rappeurs ont prétendu faire aisément du slam, et vice versa, mais ce n’est pas aussi évident que cela y paraît.

Horus, que représente la musique pour vous ?
La musique c’est tout, c’est la vie. Parce que la musique, c’est le rythme, et le rythme, c’est des ondes, des vibrations ; c’est un battement de cœur, de la résonnance. C’est la vie. Il y a de la musique partout, du chant de l’oiseau, au chant du grillon, de la vendeuse ambulante qui vante sa marchandise au balai de la domestique qui gratte le sol. La musique c’est la vie.

Qu’est-ce qui fait la force d’Horus ?
Ouh la la !!! C’est une question difficile. La force est un idéal que l’on peut chercher à atteindre, mais qu’on n’atteint jamais. J’expose juste mes œuvres et mes analyses à la critique de ceux et celles qui me suivent, en essayant de décrire au plus près les phénomènes que je perçois.

Au-delà de la musique, vous avez plusieurs autres casquettes. Parlez-nous en !
Au Togo, on est forcé d’avoir d’autres casquettes. Même si on peut sembler être apprécié, il faut progresser sans soutien quelconque. Ceci étant, le fait de s’autoproduire, m’accorde une liberté de ton, de parole, et de création.
Alors outre le rap et le slam, je suis analyste politique pour une chaîne togolaise d’information sur satellite et j’enseigne l’histoire et le français. Je fais aussi des ateliers de slam, de rap, de poésie quand on requiert mes services. Avant cela, j’ai produit, réalisé, et animé, pour la radio et la télévision, et j’ai été pigiste pour la presse écrite. Mes domaines d’intervention, à cette époque étaient : la culture et l’histoire, sauf pour la presse écrite, où je faisais déjà de l’analyse politique et de l’éditorial.

Y a-t-il des artistes qui ont influencé votre parcours et votre style ? Si oui lesquels ?
La grosse question. Les premiers artistes à m’avoir influencé n’étaient pas rappeurs. J’aime à citer Pierre AKENDENGUE et Francis BEBEY, ensuite les saveurs viennent de partout.
Pour ce qui est du rap, je me suis toujours intéressé autant au “flow”, qu’à la quintessence du texte. Je respecte donc autant IAM, que LA CLIQUA, ou DR DRE que BUSTA RHYMES. Le premier album rap que j’ai acheté adolescent était un album de MC SOLAAR. Mais je me cassais le crâne à savoir comment des rappeurs comme FREKKO DINGO, OXMO PUCCINO, LINO concevaient leurs structures de phrases. Je respectais “la folie” de ROOTSNEG, et d’AFROJAZZ, elle me renvoyait à celle de STICKY FINGAZZ et OL DIRTY BASTARD. Et puis il y avait les touches ironiques d’un REDMAN ou les sons plus réfléchis d’un NAS, d’un COMMON, la recherche d’OUTKAST.
Très sincèrement, j’ai été curieux de tout, et j’ai cherché à écouter au maximum, glanant ici et là.

 

Vos artistes préférés dans la sphère de l’art du slam et de la musique togolaise et ou mondiale ?
Ouh laaa…, en voilà, une autre question !!!
Au Togo, pour moi côté musique ce serait KEZITA, IZEALEDU, ADJOA SIKA, il faut voir chacune de ces femmes sur scène pour comprendre.
Il y a ces artistes togolais qui osent comme le groupe ARKAAN de Rock, et Lady APOC. Faut avoir du cran pour faire du rock en Afrique !
Pour le rap, je pense qu’on est nombreux à s’entendre sur ELOM 20CE, j’ai rarement vu un artiste avec autant de créativité et se fouillant autant intérieurement, et BESTIAL qui a une plume très lourde, tourné vers tout ce qui est éther.
Chez les plus jeunes, j’observe beaucoup MILLY PARKEUR, je suis curieux de ce qu’elle peut donner à son plein potentiel. Même chose pour JACKY JACK. Beaucoup de respect aussi pour 2CO. Il y a des jeunes dans l’underground pétris de talent, en sortiront-ils un jour ? WARAPEACE et PROPHET BUDDHA et même d’autres que j’ai découvert récemment mais dont je ne maîtrise pas le nom.
En slam, cela va être difficile pour moi de donner un nom. Mais, je pense très sincèrement que la plume et la portée de l’imagination qui m’a le plus impressionné c’est celle de RENAUD DOSSAVI. Ce type dans la structuration et la conceptualisation de ces œuvres est fou.
Mondialement…. J’ai du mal, je n’ai pas eu de grands coups de cœur depuis longtemps. Tout semble … standardisé, en tout cas sur les plateformes auxquelles j’ai accès. Alors j’écoute beaucoup de vieilles chansons.

Avez-vous déjà partagé des scènes avec d’autres artistes ? Lesquels ?
Ouh la la, cela va être long comme liste … J’ai partagé des scènes avec AWADI (Sénégal) , avec NASH (côte d’ivoire) , avec PASSI ( France), JOEY LE SOLDAT ( Burkina Faso ), AICHA KONE (côte d’ivoire) , MONIQUE SEKA (côte d’ivoire), BAMBA BAKARY (côte d’ivoire) , avec beaucoup d’artistes du Togo aussi, bien entendu . Les dernières étaient avec TOTO PATRICK, et SABINE KOULI.

Quelle fût votre meilleure collaboration ?
Je dirai la toute dernière que je viens d’enregistrer cette semaine avec ELI AGBEKO, un guitariste jazz, et SABINE KOULI, une chanteuse togolaise gospel /soul qui fait le tour du monde depuis plusieurs années, enregistrant avec des artistes de tous pays ; du japon en Colombie, en passant par l’Iran et l’Arménie, l’Azerbaïdjan. Elle aussi, il faut la voir chanter pour comprendre.

Des projets en cours ? Album ? Concerts… ?
Oui, plusieurs projets, mais j’évite de donner des dates. Un album en préparation. Un concert aussi et quelques dates. Toutefois dans quelques mois, je prévois sortir un nouveau titre et un nouveau clip.

Des collaborations entre artistes musiciens et slameurs sont d’actualité. Avec quel(s) artiste(s) ou slameurs aimeriez-vous faire un duo si l’occasion vous était donnée ?
FEFE (ex- Saïan supa crew), je pense que c’est l’exemple même de l’artiste qui allie fond et forme en rap, et qui sort des “boîtes”, TETE, …COMMON (rappeur us), LAURYN HILL. ERYKAH BADU, the ROOTS etc, ces anciens que je continue à écouter notamment du blues, et dont je ne connais pas toujours tous les noms. Je me dis aussi YEMI ALADE, pour la voix et le coté éclectique. Comptons aussi avec CHARLOTTE DIPANDA. FANNY J, elle a un truc dans la voix, dans l’émotion transmise.
Ah oui, PIERRE AKENDENGUE !! Il y a trop de bons artistes sur cette planète, on ne finirait pas la liste !

Qu’auriez-vous fait comme métier si vous n’aviez pas été artiste ?
Professeur d’université, chercheur. Je pense être curieux et j’adore partager, enseigner.

Votre plat préféré ?
Foufou d’ignames avec sauce d’arachides, ou de noix de palme.

Votre plus grand regret ?
Difficile de répondre, je pense que cela m’est trop intime.

Votre plus grand rêve ?
Réussir ma vie, laisser des traces mémorables et positives lorsque je partirai.

Votre citation préférée ?
J’en ai plusieurs, difficile de choisir. Cela dépend vraiment des événements que je vois. En voici quelques-unes :
« Presque tous les hommes peuvent supporter l’adversité, si tu veux savoir ce que vaut un homme donne lui le pouvoir » Abraham LINCOLN.
« Le ciel nourrit les oiseaux qui s’aident de leurs ailes » proverbe scandinave
« Je vais faire de ma vie une p… d’œuvre d’art » LINO
« Quand le courage se fait sans la raison, il ronge le glaive avec lequel il se bat » Shakespeare

En couple ou en quête de la reine de votre cœur ?
En quête de la bonne personne. Et croyez-moi ce n’est pas une chose facile.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui rêve d’une carrière d’artiste ?
D’être curieux, ouvert d’esprit. Il ne s’agit pas d’être “amoureux” de tout. Il s’agit de savoir que cela existe, qu’une chose est capable d’être perçue autrement que chez soi. Ensuite,il faut oser et arriver à accepter de se fouiller au point de se sentir parfois seul et incompris. Il faut accepter d’être dans l’éther, quand tout vous recommande d’avoir les pieds sur terre. De façon pragmatique, il faut avoir un métier qui rapporte de quoi assurer son intégrité ; sa liberté de création, de ton, et de parole. Cette liberté est indispensable pour se prétendre “artiste”, à mon sens.

Quels conseils à la jeunesse africaine en général et à celle togolaise en particulier ?
La jeunesse africaine, togolaise en particulier, a devant elle, le dur combat de la construction de soi. Il n’y a rien de préétabli pour lui faciliter la tâche, il y a au contraire beaucoup de choses qui sont mises pour la détourner de ses défis. Ce sont les défis de la réelle liberté d’expression, de création, d’équité, d’égalité, et de réalisation de soi. L’Afrique est à la mode certes, mais cette convoitise se fait au détriment de l’africain. On veut de cet africain, de sa main d’œuvre, de sa créativité mais on ne veut pas de cet africain à la table des décisions qui régiront son avenir pour les 50 prochaines années.
Au moment où des multinationales s’approprient le foncier, et l’économie, et ou des puissances installent des bases militaires, la jeunesse africaine doit se projeter, conceptualiser son futur, s’approprier les luttes qui sont siennes, et créer de la richesse.
Faisons une image. Le jeune africain du futur, est-ce celui qui parvient à se gaver de coca et de burger, ou est-ce celui qui savoure son « liha » (Boisson locale ; ndlr) et son sandwich au « wangash » (fromage de lait de vache ; ndlr) ? Est-ce celui qui se voit dans un HLM, en appartement ? Ou est-ce celui qui vit dans sa maison en briques de terre, avec son petit potager, sans « empreinte carbone » parce que sa maison intelligente aura lié aquaponie , gestion d’énergie solaire et éolienne ? Est-ce celui qui croulera sous les crédits, singeant le modèle américain ? ou celui qui sera autonome, générant de la richesse, parce que mettant en valeur les lopins de terres ancestraux, celui qui n’acceptera pas qu’on lui dise qu’il est normal que des pauvres jonchent ses trottoirs, sans abris, sans nourriture ? La jeunesse africaine, togolaise, doit se rêver, et construire ce rêve, de ses propres mains.

Vos mots de fin ?
Merci de m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer. Merci pour le soutien. Pour tous ceux et celles qui me liront, j’espère vous retrouver sur ma page Facebook “HORUS DONKOVI”, j’espère aussi vous retrouver à mes prochains spectacles. Je vous salue tous !!!
Construisez-vous chaque jour, et veillez sur vous ! Peace !

Merci Horus pour ce moment privilégié avec nos lecteurs !
Merci à vous !

Pour contacter Horus:

Téléphone (WhatsApp): + 228 90 37 52 21
E-mail: horusdonkovi@gmail.com
Facebook : Horus Donkovi
Instagram :Horus Donkovi
YouTube : Horus Donkovi

Interview réalisée par Essenam K²

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