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Bénin/Arts et Cultures: nostalgie des masques KALETA

KALETA_MyAfricaInfos

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Nous sommes en décembre. MyAfricaInfos se propose de marquer une pause pour revisiter le passé de certains jeunes Béninois. Enfants et vivant dans les sociétés Béninoises, on ne peut s’empêcher de participer aux jeux d’enfance, lesquels sont multiples et multiformes. Parmi ces derniers, nous avons la participation au groupe KALETA. Entre masque d’animation d’enfance et réalité initiatique, le KALETA a tout un sens et assure des fonctions irremplaçables non seulement pour l’animation de la société mais, également pour la construction d’un Homme. En ce temps de l’Avent où les chrétiens préparent l’arrivée du Seigneur, MyAfricaInfos/Bénin s’est intéressé aux expériences qu’ont vécues certains jeunes parlant du KALETA et le mois de Décembre.


Au moment du souvenir, seuls les mots s’estiment heureux. Car, ils trouvent leurs sens pour donner de la sensation. La plus belle histoire que l’on puisse mieux raconter est celle qu’on a soi-même, vécue.
Ah !!! L’enfance, cette étape de la vie qui bien réussie, fait de nous, la majeur partie de qui nous seront dans l’âge adulte. Certains ont eu la chance de vivre dans un environnement de fils à Papa. Là, c’est l’ange du parent, le prisonnier de la maison mais, le plus gâté par les parents. Il n’a pas forcément besoin des amis pour mieux vivre sa passion d’enfance. La télévision, les livres et les sorties en famille suffissent. L’autre catégorie d’enfant, la majorité d’ailleurs, c’est cette enfance qui vit dans le communautarisme. Ici, l’enfant est souvent mis à la charge de la société. Il est éduqué par son quotidien sans pour autant quitter le champ de vision des parents. Ce sont des enfants libres de leurs mouvements ou qui forcent la liberté en écharpant par moment aux exigences parentales. Ils vont et viennent et surtout, participent à l’animation de leurs milieux par de jeux d’enfants, de querelles entre enfants et surtout de différentes sorte d’animations. A l’heure des souvenirs d’enfance, cette dernière catégorie trouve mieux à dire sur la vie en société au moment où la première se plonge dans la culture générale qui relève souvent des réalités extérieures à son milieu de vie car, ces enfants reçoivent une éducation de solitude assistée par la technologie et les livres.

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D’un côté ou de l’autre, c’est la société qui en sort gagnante car les deux catégories se trouvent obligées de se compléter pour édifier une société beaucoup plus meilleure s’inspirant de plusieurs connaissances et compétences. Mais, ici, nous nous intéresserons à cette enfance libre. Celle initiée de propre gré à la vie en communauté. On parle du Kaléta et des voix s’élèvent. Des jeunes se rappellent les moments d’enfance en de groupuscules Kaléta. Entre autre, les Béninois interrogés répondront aux questions suivantes :

  • Parlant du Kaléta, que vous rappellent les mois de novembre et décembre ?
  • Aujourd’hui, peut-on égaler la vigueur autour de la pratique du Kaléta aux exigences de l’ancien temps ?

Qu’est-ce qui n’a pas marché selon vous ?
Les avis et positions varient d’une personne à une autre. Apprécions ensemble :


Steve Aster Afovo
Hum… Si je dois vraiment dire tout ce que me rappellent ces deux mois, c’est que vous allez vous moquer de moi. Bon on y va, décembre me rappelle beaucoup plus mon enfance où je dois fuir et entrer sous le lit à chaque fois que je voyais ce groupe de masque passer. Mais, on a grandi, donc ne considérez pas ce que je viens de dire. Kaléta, c’était de l’art, c’était du respect, c’était tout une culture à part entière où, l’accoutrement, la danse et les sons étaient en harmonie. Ils ne le faisaient pas que pour l’argent, ils passaient aussi un message, celui de l’identité africaine. Mais aujourd’hui, c’est beaucoup plus les enfants qui le font et rien que pour de l’argent. Il n’y a plus rien de logique dans cet art.


Mahouna Prumas Katakenon
Je suis Béninois né dans la ville de Djidja. Dans l’arrondissement d’Agouna où j’ai été élevé, le Kaléta a une place prépondérante dans l’animation de la période festive de fin d’année. Le Kaléta n’est pas un vodun, c’est un art mais que certains organisent avec des secrets simples ou mystiques dans le but de le préserver de l’avilissement. Je participais à un groupe Kaléta avec mon grand frère. Moi, j’y allais en cachette à l’insu de mes parents car, ils ne me l’auraient jamais autorisé. Le groupe avait son siège où le recrutement des nouveaux membres se prépare et où se déroulent les entretiens d’embauche et les initiations. C’est également là qu’on s’entrainait et habillait le Kaléta. L’initiation consistait à faire savoir aux nouveaux membres les codes secrets et règlements du groupe (ceux à sa portée) et lui faire écouter des leçons qui vont lui donner la volonté de respecter les règlements du groupe. Dans le groupe aussi, chacun à son occupation et les rôles qui lui conviennent. Ainsi, moi je ne pouvais être utile que hors du couvent mais, je n’arrivais pas à m’afficher partout avec le groupe surtout dans les endroits où je savais que mes parents pouvaient me repérer. Le Kaléta est devenu n’importe quoi à la portée de n’importe qui aujourd’hui. Il est mal habillé et mal accompagné, les groupes Kaléta n’ont plus d’organisation et chacun y fait ce qu’il veut. Avant, dans mon village, pour faire du Kaléta ou pour avoir un groupe Kaléta, il faut être initié par un groupe Kaléta déjà existant pour avoir l’expérience et la connaissance, autrement on est arrêté et puni ou initié de force. Cela permettait le respect de la chose. Aujourd’hui, personne ne se préoccupe du respect ou de l’image de la chose, on cherche seulement le côté argent qu’il y a dedans et les conséquences sont là.


TCHEHOUENOU Antonin ;
Comédien, Slameur et Animateur culturel. Le Kaléta me rappelle mon enfance. C’est un mouvement qui a activement contribué à qui je suis devenu dans le monde culturel. Les chants traditionnels et rythmes que j’utilise aujourd’hui, lors de mes prestations, ont été appris pour la plupart, lors de mes participations au Kaléta. Je suis un porteur de masque vu ma corpulence. En notre temps, le Kaléta suscitait de l’engouement et était respecté. Malheureusement, de nos jours, on se perd. Le Kaléta d’aujourd’hui n’a pas la même envergure que celle d’hier parce que le non reconnaissance de nos valeurs culturelles a dominé la conscience de certains parents qui ne permettent plus à leurs enfants de s’engager dans un tel groupe. On se perd car, il y a aussi certains aînés qui avaient pratiqué le Kaléta mais, qui ne veulent plus rehausser cette image à travers leurs enfants. Enfin, les évolutions technologiques ont dominé la conscience de toute catégorie sociale confondue (enfants, jeunes et adultes). On se perd car, on pense remplacer nos moments de pratiques sociales par l’acceptation aveuglante de ce que nous propose la technologie renforcée par la mondialisation. On se perd et les enfants vivront sans racines. On se perd et je pleurs cette vague de Béninois.


DJISSOU Razack
Je suis étudiant en fin de formation en anglais. Spécialité : la littérature et civilisation Africaine. Le mois de décembre est un moment idéal pour toutes sortes d’activités de jouissance. Ça me rappelle des moments d’enfance très inoubliables que j’ai connus au village. J’ai fait Kaléta aussi. Et nous en étions extrêmement fiers. Ça nous procurait non seulement de la joie mais ça nous permettait aussi de grandir culturellement et spirituellement, d’afficher et de marcher vers la masculinité. On mettait également des ”mythes” et ” tabous” autour de nos manifestations. On disait par exemple ” que Kaléta a quitté derrière la mer (quand il sort) ou Kaléta est reparti derrière la mer (quand il finit ses défilés)’’. Il est dit aussi que les jeunes filles ou les femmes ne devraient approcher les Kaléta. C’est magnifique ces moments là. Nous faisions de long trajet en groupe Kaléta pour célébrer les fêtes de fin d’année. Les petits cadeaux que les Kaléta recevaient des gens gentils permettent aux enfants de fêter en harmonie et de ne manquer de rien pour leur épanouissement en groupe surtout. Malheureusement, la modernisation de nos villes et le virus d’aliénation qui s’observe presque dans tous les domaines en Afrique font que le Kaléta d’aujourd’hui n’a plus les mêmes considérations et attirances qu’il y a quelques décennies. Aujourd’hui, presque toutes les familles veulent vivre dans les villes et voudraient que leurs enfants se comportent à l’occidental au point de désolidariser les enfants de ces jeux culturels qui en réalité, font partie intégrante de notre culture. Il faut aussi noter que d’autres contraintes ont fait que le Kaléta aujourd’hui, n’ait pas les considérations comme avant. D’abord peu de gens s’y adonnent surtout les grands. Les enfants ont leurs parents qui parfois leur interdissent de faire Kaléta et les obligent à rester à la maison à cause de certaines pratiques occultes. Les parents disent cela aussi pour protéger les enfants contre l’enlèvement des enfants ou le trafique d’organes humains. Ces pratiques deviennent souvent fréquentes chez nous donc pour protéger les enfants contre ça, les parents se voient dans l’obligation de leur imposer la maison. Du coup beaucoup ne s’intéressent plus à la chose.

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AGBELESSESSI F. A. Sabin
Je suis artiste polyvalent. Je me veux plus culturel et cultuel. Kaléta me rappelle la bonne enfance en décembre. Mois dans lequel les parents t’autorisent à aller te divertir avec les enfants du quartier. Mois où on arrive à chercher de l’argent pour fêter à son gré. Ce plaisir d’enfance est devenu une passion jusqu’à ce jour. Je continue de faire et d’animer des groupes de Kaléta. Comme tous progrès techniques, Kaléta a perdu en partie son envergure d’alors. Étant un jeu d’enfance, en notre temps, il faut être initié. Moi par exemple, j’ai grandi à HINVI/Tᴐᴐdo, commune d’Allada. Chez Nous, il y avait le clan des petits et celui des grands. Quand tu es accueilli par des amis qui étaient initiés par les grands ,après quelques activités faites, les grands vous observent puis vous sélectionnent et vous réinvitent dans le clan des grands. Et quand ce Kaléta sortait, c’était l’apothéose! Maintenant, c’est du n’importe quoi. Heureusement, KALÉTA demeure un sacré dans certaines localités du bénin. Je crois toujours en ça puisque je garde depuis l’enfance une cicatrice de ma première danse de Kaléta à HINVI/DOVϽ. Je parle des années 1989. C’est juste inoubliable.

AKOYINOU Zinsou Antoine alias Tony balla
Je suis un cinéaste. Ah oui !!, décembre me rappelle beaucoup de choses, principalement mon enfance quand je jouais au Kaléta. Cette époque magique. Cela me rappelle également 2017 quand j’organisais un concours de Kaléta pour les enfants de mon quartier à Porto-Novo. Désolément, Kaléta d’aujourd’hui ne peut jamais avoir la même envergure que le Kaléta de mon temps. A notre époque, c’était comme un vodun. Et le groupe de Kaléta avait son couvent que seuls les initiés pourront accéder. Même, malgré notre âge d’adulte en ce temps, on faisait encore du Kaléta car, c’était festif. C’était le moment idéal pour vraiment annoncer la Noël.

Lire aussi: Bénin/ Consolidation de la vie en société : les origines et fonctions du KALETA

Chacun a sa manière de vivre l’enfance. Pour ceux qui ont eu la chance de participer aux sorties de Kaléta, c’est tout une autre expérience qui véritablement, forme à la vie et aide à vivre. Innocemment, ce groupe d’enfant participe à la guérison des maux de la société car, des spectateurs y trouvent une aubaine pour oublier un tant soit peu, leurs soucis du moment. Pour certains enfants, cette participation permet de mieux fêter à la maison, car cela constitue pour eux, un moment de job où ils vont chercher des miettes qui ressemblées, permettent de s’acheter une tenue ou d’aider les parents à offrir à la petite famille, une bonne nourriture pour les fêtes. Kaléta, malgré l’évolution des temps, aura toujours son mot à dire dans la formation à la masculinité conformément aux réalités Africaines. La participation au groupe Kaléta apprend déjà à l’enfant que la liberté est le discernement et la distinction entre les choses : on apprend à être fidèle au groupe et on respecte les codes secrets du groupe. Ça permet aussi à l’enfant de savoir prendre des initiatives et de savoir s’adapter aux situations. C’est fondamentalement une école de la vie en société car, dans ces groupuscules s’apprend avec toutes les mesures possibles, comment gérer de façon optimale, le contact avec les Hommes.
Kaléta, c’est plusieurs témoignages.


Vous rappelez-vous celui vous concernant ?
Si oui, complétez la liste en commentaire en racontant cette expérience que vous avez vécue en novembre et décembre.

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